Les risques psychosociaux explosent depuis la crise sanitaire et la montée du télétravail. La santé mentale au travail peut en pâtir sévèrement, avec l’apparition de troubles tels que le burn-out, la dépression ou même des idées suicidaires. Au-delà du burn-out connu, de nouvelles notions émergent : le bore-out (épuisement par l’ennui) et le brown-out (épuisement par perte de sens). Quelles différences entre ces syndromes et comment les prévenir concrètement ?
Burn-out.
Le burn-out ou épuisement professionnel est un syndrome reconnu par l’OMS, défini comme un « syndrome résultant d’un stress chronique au travail qui n’a pas été gré avec succès« . L’INRS précise qu’il se caractérise par trois dimensions essentielles : un épuisement émotionnel profond, un cynisme (ou dépersonnalisation) vis-à-vis du travail et des collègues et un sentiment de perte d’efficacité personnelle. Concrètement, la personne est physiquement et mentalement vidée, dort mal, se sent dépassée et perd progressivement confiance en elle. Des troubles psychosomatiques apparaissent également souvent.
Les facteurs déclenchants sont en général une surcharge de travail chronique et une exigence émotionnelle importante. Par exemple, l’IRNS note que ce syndrome survient souvent dans des métiers d’aide et de soin où l’investissement personnel est très fort. L’écart entre les valeurs initiales du salarié et la réalité du travail (par exemple en raison de manque de moyens) finit par le démoraliser. En France, Santé Publique France estime à environ 30 000 le nombre de personnes touchées par le burn-out chaque année (et ce chiffre est sans doute sous-estimé). Parmi les symptômes fréquents, on retrouve la fatigue intense, l’irritabilité, les difficultés de concentration et le repli sur soi.
Bore-out.
Le bore-out correspond à l’autre extrême : l’ennui au travail. Comme le résume Malakoff Humanis, « le bore-out est l’exact inverse du burn-out« . Il se manifeste par un état d’ennui total dû à une sous-charge de travail. Le salarié n’a pas assez de tâches, perd toute stimulation et se sent inutile. L’INRS explique que ce syndrome « prend racine dans les réorganisations qui laissent des services entiers sans mission bien définie » : le poste de travail devient vide de sens.
A termes, l’ennui excessif génère une souffrance comparable au burn-out : anxiété, baisse d’estime de soi, dépression, voire phénomènes psychosomatiques. Le manque de reconnaissance (on culpabilise souvent de ne pas travailler) aggrave le malaise. Les symptômes du bore-out incluent notamment l’anxiété, la fatigue, les troubles du sommeil et des attitudes d’évitement. On remarque aussi souvent un désinvestissement progressif, un sentiment d’inutilité et parfois de l’absentéisme.
Brown-out.
Le brown-out se situe entre burn-out et bore-out : il s’agit d’un épuisement lié à la perte de sens. Le terme, littéralement « baisse de tension« , dépeint l’état d’un collaborateur qui « manque de jus« . Selon Malakoff Humanis, un salarié en brown-out « ne donne plus de sens à ses tâches et n’a plus aucune énergie« . Ici, le problème n’est ni la surcharge ni l’ennui, mais l’absurdité ressentie du travail. Le déroulement type : l’employé travaille machinalement sans conviction, il doute du bien-fondé de ses missions.
Le brown-out prend sa source dans une perte de sens au travail. Par exemple, des tâches utilitaires juxtaposées sans cohérence ou des objectifs changeants mènent à l’épuisement mental. Les symptômes principaux sont la démotivation extrême et le sentiment d’utilité. Le salarié à l’impression que son travail est absurde, il perd tout enthousiasme, s’absente mentalement (démission intérieur). Progressivement se développe un détachement émotionnel, voire un cynisme discret. Contrairement aux autres formes d’épuisement, le brown-out est plus insidieux et mal perçu socialement, car il n’implique pas toujours de signes extérieurs forts.
Pistes d’action concrètes.
Pour prévenir et contrer ces épuisements, il faut agir à plusieurs niveaux (organisationnel, managérial, individuel) :
- Optimiser l’organisation du travail : veiller à ne pas surcharger certains employés tout en évitant la sous-charge. Clarifier les missions et les responsabilités permet de conserver du sens dans le travail.
- Renforcer le soutien social et la reconnaissance : encourager l’esprit d’équipe, instaurer des temps d’échange ou de supervision, donner régulièrement du feedback positif sur le travail accompli. Valoriser la contribution de chacun et traiter les salariés équitablement évite le sentiment d’injustice.
- Maintenir l’équilibre vie pro/vie perso : encourager des pauses régulières, limiter le télétravail excessif (déconnexion en dehors des heures de bureau), rappeler l’importance des congés des activités hors travail. Un meilleur équilibre réduit la fatigue chronique et l’accumulation de stress.
- Former et mobiliser les compétences : accompagner les salariés en perte de repères (changement de poste, évolution des missions) par des formations ou des bilans de compétences. Permettre la reconversion ou l’évolution interne aide à retrouver du sens et de la motivation.
- Repérer tôt les signaux d’alerte : managers, RH et collègues doivent être attentifs aux signes comme une perte d’énergie, une irritabilité inhabituelle, une baisse de concentration ou de motivation. Ces indicateurs (questions sur l’envie de travailler, difficulté à fini ses tâches) doivent déclencher une attention particulière.
- Consulter un professionnel de santé au travail : en cas de souffrance persistante, consulter un psychologue du travail ou un médecin du travail peut être très utile. Ces experts peuvent évaluer la situation, proposer un accompagnement et orienter vers des solutions adaptées (entretien individuel, aménagement de poste, coaching professionnel…). N’hésitez pas à solliciter votre service de santé au travail : ils connaissent les ressources existantes pour vous aider à retrouver de l’énergie.
Chaque salarié doit se sentir soutenu et écouté. Des démarches simples comme parler avec son supérieur, son délégué du personnel ou un collègue de confiance peuvent aussi aider à identifier le problème précocement. Des outils existent (questionnaires de repérage des RPS, lignes d’écoute spécialisées… Etc.) pour mesurer son niveau de stress et agir avant que la situation s’aggrave.
Conclusion

Le burn-out, le bore-out et le brown-out sont des phénomènes évitables lorsque l’entreprise et le salarié unissent leurs efforts. Le premier pas est souvent d’en parler : briser la solitude autour de la souffrance au travail permet d’envisager des solutions. Collectivement, il faut créer une culture d’entreprise bienveillante et ouverte sur la santé mentale. Individuellement, chaque salarié peut exercer sa vigilance (reconnaître ses limites, établir des priorités, prendre du temps pour soi) et ne pas hésiter à demander de l’aide. Des dispositifs existent pour préserver la santé mentale au travail : médecin du travail, psychologue du travail, programmes de qualité de vie au travail… Etc. Avec des actions concrètes (organisation, dialogue, formation, soutien), il est possible de réinjecter du sens dans le travail et de prévenir ces formes d’épuisement. Vous n’êtes pas seul. En agissant ensemble dès les premiers signes, salariés et employeurs pourront transformer cette prise de conscience en opportunité de progrès et de bien-être pour tous.
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